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Etre mieux avec les autres

Qu’est-ce que le bonheur au travail ?

Dans cet article je souhaite aborder un sujet qui me tient particulièrement à cœur, le bonheur au travail. J’ai déjà abordé dans un précédent article le bonheur dans la vie personnelle (cf Finalement c’est quoi le bonheur ?) mais j’ai envie de faire un focus sur le contexte professionnel pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, bien que nous ne passions que 12 ans à travailler au cours de notre vie (ça paraît peu dit comme ça !), lorsque nous sommes actifs nous passons une grande partie de la semaine sur notre lieu de travail et, la frontière entre bonheurs individuel et professionnel étant assez mince, je crois qu’il est impératif de se sentir bien au travail pour ne pas renter avec des problèmes, angoisses, doutes et autres désagréments. Etre trop investi dans son travail,  subir beaucoup de stress, ne pas être reconnu pour ses efforts, … peuvent avoir des impacts négatifs sur notre vie personnelle (colère, insomnie, stress, perte de confiance en soi, …) et réciproquement, un mal-être ressenti sur le plan personnel peut impacter notre vie professionnelle (baisse de concentration, manque de motivation, …).

Ensuite j’ai côtoyé, que ce soit dans mon entourage proche ou au sein des organisations dans lesquelles j’ai travaillé, bon nombre de personnes en situation de mal-être (on peut même parler de souffrance), en recherche de sens, au bord de la dépression et même en burnout. Sans parler des articles de presse qui ne cessent de parler de burnout, bore-out, voire même de suicides. D’après un sondage IFOP de 2016 les actifs français seraient 25% à se considérer comme « pas heureux » sur le plan professionnel. Je pense donc que le sujet est complètement d’actualité. Enfin, j’ai moi-même été confrontée à des difficultés lors de mes dernières années en tant que salariée et j’ai très envie de prendre du recul sur ce qui se passe en entreprise et aussi envie de rassurer tout le monde sur les changements qui sont en train de s’opérer. Et oui, tout n’est pas perdu !

Pour commencer j’aimerai déterminer ce que l’on entend par bonheur au travail. La notion est à nouveau assez difficile à définir puisqu’elle dépend de la perception de chaque individu et est fortement influencée par des facteurs sociologiques et économiques. Pour être plus claire je vais prendre un exemple issu d’une étude menée par la DARES (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, qui dépend du ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social) :  les ouvriers, les personnes peu qualifiées et les immigrés, étant plus exposés au risque de chômage, tirent une source de satisfaction potentiellement plus grande que les actifs des autres catégories du simple fait d’avoir un emploi.

Selon le sondage IFOP cité plus haut, pour 37% des français le travail est une façon de trouver sa place dans la société, pour 33% c’est une contrainte permettant de gagner de l’argent et pour 30% un moyen d’épanouissement personnel. Au vue de ces chiffres on voit bien que les attentes des uns et des autres ne sont pas les mêmes alors il est très difficile de trouver une définition précise du bonheur en entreprise.

La théorie, les besoins du travailleur

Partant du principe que le bonheur au travail est un ensemble de faits qui procure une sensation de bien-être au travail, je ne peux pas m’empêcher de faire un rapprochement avec mes cours d’économie du lycée et plus particulièrement avec la pyramide de Maslow (psychologue américain qui a expliqué la motivation par la hiérarchie des besoins dans les années 1940). Il explique qu’il y a 5 niveaux de besoins et qu’ils peuvent être classés de façon pyramidale car un besoin n’est ressenti que si celui de la hiérarchie inférieure est comblé. En m’inspirant de cette pyramide et en corroborant ma propre analyse à celle de différentes études sur le bonheur au travail voici mon analyse.

Les besoins physiologiques

A la base l’Homme doit combler les besoins physiologiques, ceux qui ont attrait directement à sa survie : manger, boire, respirer, dormir, se réchauffer, s’habiller… Et pour ce faire, comme nous ne sommes plus au temps des chasseurs-cueilleurs, il doit trouver un emploi.

Le besoin de sécurité

Une fois le job décroché il commence à ressentir le besoin de sécurité : avoir un toit, une assurance, être en bonne santé, se créer une certaine stabilité et évoluer dans un environnement sain et confortable. Côté professionnel il va donc aspirer à :

  • des conditions de travail favorables (lieu, horaires, organisation du temps de travail, avantages, charge de travail, pénibilité du travail, exigences émotionnelles, outils et ressources adaptés au besoin du métier, …) ;
  • de la visibilité, de l’information quant à la sécurité économique de l’organisation dans laquelle il se trouve (changement de poste ou d’organisation du travail, restructuration, déménagement, rachat, changement de direction, …) car il veut se rassurer ;
  • du soutien de la part de son organisation pour se sentir en confiance. Sur ce point on note l’importance de la qualité de la relation hiérarchique car les collaborateurs ne se sentent pas en sécurité s’ils reçoivent des critiques, se sentent ignorés ou ressentent des tensions avec leur manager. Et à l’inverse, s’il y a des tensions sur le lieu de travail cela n’aura pas un fort impact sur le bien-être du collaborateur du moment que la relation avec la hiérarchie est bonne.

Le besoin d’appartenance

Ensuite il va accéder au niveau supérieur, le besoin d’appartenance : il veut avoir un statut social, faire partie d’un groupe, sentir qu’il existe dans l’organisation et cela va se manifester par la recherche :

  • des relations humaines. Il veut pouvoir échanger, partager. Il accorde de l’importance à l’ambiance de travail, à l’esprit d’équipe. Beaucoup cherchent même à se faire des amis sur leur lieu de travail ;
  • d’une adéquation entre ses valeurs et celle de l’organisation dans laquelle il se trouve. Il veut ressentir de la fierté à travailler pour cette entreprise et savoir que son travail a un sens. Aujourd’hui les salariés se sentent de plus en plus concernés par l’éthique de l’entreprise dans laquelle ils travaillent (respect de l’environnement dans la chaîne de production, produits et services éthiques, …) ;
  • d’équité et de respect, en tant que membre à part entière de l’organisation le collaborateur veut être traité comme tous les autres membres et à ce titre il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de différence de traitement d’un salarié à un autre, à ce que les salaires soient cohérents, à ce qu’il n’y ait pas de discrimination quelconque, … ;
  • du soutien de la part de ses managers, notamment pour le faire progresser au sein de l’entreprise en le stimulant, pour l’aider sur certaines difficultés (peut être avec de la formation), pour régler d’éventuelles tensions sociales ;
  • de la communication de la part de son organisation pour connaître l’actualité, les résultats et ainsi identifier sa contribution, sentir que son travail est utile pour l’entreprise. Une étude révèle que les salariés qui considèrent leur travail comme étant utile ont trois fois plus de chance d’être heureux ;
  • d’un pouvoir d’expression afin de donner leur avis et être entendus.

Le besoin d’estime de soi

Ensuite il évolue encore pour chercher à couvrir le besoin d’estime de soi. Il veut :

  • que son travail, son investissement soit reconnu et apprécié. La reconnaissance est un véritable facteur d’influence, sans elle le salarié se retrouve complètement démotivé ;
  • que l’on ait conscience de ses compétences ;
  • avoir une certaine autonomie. C’est une grande source de valorisation mais attention tout de même, il est mis en évidence dans les études que les plus heureux ne sont pas forcément les plus autonomes car, au-delà d’un certain seuil, autonomie rime avec pression et insécurité. Le management se doit de veiller à ce que le collaborateur ne soit pas livré à lui-même et tenu pour seul responsable ;
  • avoir le sentiment de progresser et évoluer rapidement dans les postes à pourvoir.

Le besoin d’épanouissement

Enfin notre brave collaborateur atteint le stade ultime, le besoin d’épanouissement, la réalisation de soi. A ce stade il veut :

  • se former pour poursuivre son propre développement (formation professionnelle et développement personnel) ;
  • être consulté et écouté ;
  • prendre part aux décisions ;
  • être totalement autonome.

Vous allez peut-être vous dire que l’on n’a pas parlé de niveau de salaire mais il se trouve que des études mettent en avant que la valeur de l’argent génère de l’insatisfaction uniquement quand les autres facteurs sont déficients. Une autre étude montre que les collaborateurs heureux sont légèrement moins bien payés que la moyenne de la population totale, alors que 57% d’entre eux se considèrent bien ou très bien payés. Le niveau de salaire n’est donc pas un critère principal de bonheur en entreprise.

Et en pratique, ça donne quoi ?

Et oui, il veut tout ça notre employé mais la réalité est toute autre. D’après l’étude sur Le bonheur au travail des Français réalisée par l’Institut Think pour la Fabrique Spinoza en 2017, il ressort que dans la majorité des cas :

  • le besoin de sécurité n’est pas comblé : seuls 42% des interrogés sont optimistes quant à l’évolution de leur situation professionnelle, 43% pensent que les outils numériques ont un impact positif sur leur travail, 36% des conflits humains sont bien gérés.
  • le besoin d’appartenance non plus : seuls 42% comprennent et adhèrent à la vision de l’organisation, 39% se sentent accompagnés par les managers, 45% pensent que leur organisation est attentive aux questions de mixité et d’égalité professionnelle homme-femme
  • ni même le besoin d’estime de soi : seuls 44% ont le sentiment d’être reconnus, 38% se sentent libres de prendre une décision relative à leur travail
  • pas plus que le besoin d’épanouissement : seuls 33% sont associés à la vie et aux décisions de leur équipe et de leur organisation.

Et en plus de cela seuls 27% se sentent libres de changer d’organisation ou de travail, il y a une impression d’impossibilité d’agir qui contraint les collaborateurs à rester à leur poste et à subir une situation qui ne répond pas à leurs besoins.

Au cours des siècles le bonheur des travailleurs n’a jamais été une préoccupation pour les entreprises, pour gagner en performance et augmenter leurs résultats économiques elles ont axé leur stratégie sur des sujets tels que les processus ou la satisfaction du client mais ne se sont pas tellement intéressées à l’un de leur principal actif, peut-être le plus important de leur capital : le salarié. Avec l’arrivée de la crise en 2008 la situation s’est même dégradée car de gros changements ont dû être opérés pour pouvoir faire face. Cela a conduit à des décisions radicales en termes de ressources humaines et à exiger des performances et compétences de plus en plus grande.

Puis malgré l’amélioration de la situation économique les entreprises ont continué à mener des politiques de réduction de postes, faisant augmenter la charge de travail pour les personnes qui restaient. L’étude de l’Institut Think révèle que 34% des actifs français ressentent beaucoup d’impacts négatifs dus à la crise économique. Les conséquences n’ont pas tardé à se faire connaître : augmentation du mal-être des salariés, absentéisme, turnover, stress et autres risques psychosociaux allant jusqu’aux suicides (on se souvient des affaires survenues entre 2006 et 2009 : Technocentre de Renault,  Peugeot, France Télécom – Orange, et plus récemment chez les policiers).

D’après l’institut Think, en mai 2017 la moitié des salariés (51%) ressent du stress ou de la fatigue liés au travail et un quart s’ennuie (26% – bore out). Ils ne trouvent pas de sens (44% – brown out) ou se sentent surmenés (24% – burn out).

La même année, le cabinet de recrutement Robert Half a publié un classement des pays les plus heureux et la France arrive en dernier derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, les Pays Bas, l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et la Belgique. Notre pays est en seconde moitié de classement en ce qui concerne le niveau d’intérêt que représente le travail et le deuxième pays qui ressent le plus de stress.

Tout n’est pas perdu !

Pourtant, et c’est la bonne nouvelle, les entreprises commencent à prendre conscience qu’elles ont tout intérêt à ce que leurs collaborateurs soient heureux. En effet, elles ont compris que le bonheur au travail a un impact direct sur la santé et sur la productivité des salariés et commencent à mettre en place une nouvelle stratégie. C’est ce que l’on verra dans un prochain article (cf Comment les entreprises prennent soin de leurs collaborateurs).

Votre point de vue

Et vous, est-ce que vous êtes heureux professionnellement ? Partagez votre expérience en entreprise, positive ou moins plaisante, l’impact sur votre vie personnelle. Pour ceux qui ont la chance d’être dans une entreprise qui prend soin de ses collaborateurs expliquez-nous ce qui vous rend heureux, quelles sont les méthodes qui donnent le sourire, faites nous rêver et surtout dites-nous s’il y a un système de cooptation 😉 .

Author

angee.myblog@gmail.com

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