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Etre mieux avec les autres

Les secrets de la Communication NonViolente (CNV) et le cas de la colère

La Communication NonViolente (marque déposée, d’où l’orthographe) est un processus de communication verbal élaboré par Marshall B. Rosenberg, psychologue américain, dans les années 70. La non-violence s’apparente ici à la bienveillance telle que définie par Ghandi qui a inspiré les travaux de Rosenberg. Cet outil permet d’explorer les besoins insatisfaits qui se cachent derrière certains de nos actes ou de nos paroles. Selon Rosenberg, les besoins et les émotions ont un caractère universel, c’est-à-dire que tout le monde a besoin et ressent les mêmes choses. La manifestation des émotions représente un signal d’avertissement qui s’allume quand un besoin est satisfait ou insatisfait. Nos réactions, quant à elles, sont dictées par les émotions et résultent du langage que nous avons appris à utiliser, de notre façon de penser et communiquer ainsi que des méthodes que nous utilisons pour influencer les autres et nous-même.

Nous n’avons toutefois pas tous la même façon d’exprimer nos besoins et les émotions qui nous touchent, et cela a un impact sur notre façon de communiquer et donc sur la qualité des relations humaines. En effet leur expression sera différente selon les personnes, les époques, les cultures et dépend de l’environnement social ou familial auquel on appartient et où parfois l’expression des sentiments est tout simplement réprimée. Le manque de vocabulaire affectif, une certaine pudeur ou encore la peur du jugement des autres sont autant de freins dans l’expression de ce que l’on ressent.

Rosenberg explique qu’avec le temps l’Homme s’est éloigné de sa vraie nature et a été éduqué dans l’idée que les autres sont naturellement malfaisants et que par conséquent il faut développer un système de récompenses et de punitions. C’est ainsi que nous avons pris l’habitude de jouer au jeu de « qui a raison ? » et de porter des jugements (bon/mauvais, bien/mal, trop/pas assez …). L’Homme parle alors le « langage chacal » qui se base sur la culpabilisation, la honte, le devoir, l’obligation puisqu’il fait des jugements, des critiques, des reproches, qu’il exige, ordonne, rabaisse et essaie de contrôler les autres. Cette attitude engendre très souvent le conflit et même la violence. Nous avons été conçus pour donner naturellement, avec le cœur (et non pas sous la contrainte) et pour écouter avec compassion, respect et bienveillance, c’est le « langage girafe ». Telle une girafe, nous devons prendre de la hauteur et ne pas perdre de vue que l’on peut toujours choisir, que rien ne peut nous être imposé. De la même manière on ne peut pas nous forcer à changer et nous ne devons pas essayer de changer les autres.

Partant de ces constats, Rosenberg a développé la Communication NonViolente qui consiste à identifier nos besoins et savoir exprimer nos émotions tout en retrouvant une capacité d’écoute bienveillante et donc le respect de l’autre. De cette manière nous communiquons plus clairement, efficacement et harmonieusement. L’objectif de la méthode est de désamorcer l’agressivité via une meilleure gestion des émotions et du stress, de résoudre les conflits, de guérir la souffrance et renforcer les relations personnelles ou professionnelles. Elle se compose de 4 étapes :

  • Observation de la situation, sans jugement. Il convient de parvenir à séparer les opinions des faits : « tu parles trop » est une opinion (existe-t-il une quantité juste pour chaque chose ?), « il crie », « il ne tient pas en place » doivent être remplacés par « comme tu as parlé de tel sujet annexe, l’horaire de fin de la réunion n’a pas été respecté », « il monte la voix », « il ne reste pas assis alors que je lui en fais la demande». Il faut être factuel, décrire la situation, répéter une phrase qui a été citée, … en utilisant : « quand tu fais/dis … ».
  • Sentiment : il s’agit de communiquer ses sentiments et émotions, « quand tu fais/dis …, je me sens … ». Il ne faut jamais utiliser « à cause de toi, je me sens … » ou « tu me rends … » qui sont plus de l’ordre de l’accusation, de la culpabilisation.
  • Besoin : il s’agit ici d’identifier les besoins, satisfaits ou non, qui se cachent derrière les émotions que l’on a communiqué : « quand tu fais/dis …, je me sens … parce que j’ai besoin de … », « j’ai besoin de me sentir protégé » par exemple. Il faut également méditer sur ceci : « les jugements portés sur autrui sont des expressions détournées de nos propres besoins inassouvis ».
  • Demande : c’est la formulation d’une demande claire et concrète en vue de satisfaire les besoins identifiés plus haut. Pour cette étape il est indispensable d’utiliser un langage qui appelle à action et qui soit positif, et d’exprimer ce que l’on veut et non ce que l’on ne veut pas car il faut être le plus précis possible et Rosenberg cite l’exemple suivant : « j’aimerai que tu passes moins de temps au travail » ne veut pas forcément dire « j’aimerai que tu passes plus de temps avec moi », à la première demande un homme a répondu en s’inscrivant au golf… La demande doit être une requête et non une exigence, elle doit être explicite pour ne pas laisser place à l’interprétation et doit être réaliste car il est bien sûre inutile de formuler une demande qui n’est pas réalisable par l’interlocuteur. Il ne faut pas non plus tenter d’éliminer un comportement, cela attirerait la violence. Utiliser, donc : « J’aimerai que tu fasses … ».

La CNV aide les personnes qui se laissent facilement submerger par leurs émotions et est également très efficace pour résoudre les conflits, c’est pourquoi le Dr Rosenberg a écrit un livre mettant en évidence les bienfaits de la méthode pour traiter la colère : « Les ressources insoupçonnées de la colère – approche de la communication non violente ».

« La tristesse est un sentiment qui nous mobilise pour satisfaire nos besoins. La colère est un sentiment qui nous mobilise pour punir et réprimander les autres ».

Au sujet de la colère le Dr Rosenberg explique qu’il ne s’agit pas d’une émotion primaire car elle cache en réalité d’autres émotions et que contrairement à ce que certains préconisent, il ne faut pas la réprimer ou l’évacuer, il faut en comprendre l’origine (quel est le besoin non satisfait ?) et la transformer en d’autres sentiments (les véritables émotions cachées derrière elle : tristesse, douleur, frustration, peur, …). Il n’est pas facile d’identifier ce besoin car la colère est stimulée par une émotion détournée du fait que nous soyons en train de juger l’autre, que nous ayons des pensées moralisatrices, et en cela nous nous déconnectons de notre besoin. La situation peut alors facilement basculer dans la violence.

« La violence, quelle que soit sa forme, est une expression tragique de nos besoins insatisfaits ».

Rosenberg explique le caractère tragique par le fait que la violence diminue nos chances d’obtenir ce que l’on veut.

Pour avoir les idées plus claires il faut commencer par dissocier le déclencheur de la cause, toujours en ne portant aucun jugement, aucune évaluation de la situation car il ne faut pas faire l’amalgame entre les émotions et la perception que l’on se fait de l’autre et de ses agissements. L’émotion que l’on ressent ne trouve pas son origine dans ce que la personne en face de nous vient de faire / dire (déclencheur) mais plutôt dans ce que cela renvoie en nous, par rapport à nos besoins (cause). Dans le cas de la colère il est également particulièrement important d’avoir de l’empathie pour l’autre. Il faut chercher à comprendre pourquoi il agit comme il le fait, quels sont ses propres besoins à combler.

Dans le cadre d’un conflit les 3 premières étapes de la CNV se font en introspection, en silence et dans n’importe quel ordre du moment qu’elles sont toutes traitées. Il faut prendre le temps nécessaire pour le faire, même si un long silence peut paraître étrange pour la personne qui est en face. Répondre trop rapidement pourrait avoir pour effet d’aggraver la situation. Avec la pratique, ces étapes se feront de toute manière de plus en plus rapidement mais on peut également s’isoler un moment et revenir avec les idées plus claires. Puis il faut entamer le dialogue en expliquant ce qui a déclenché notre colère (sans jugement), ce que nous ressentons (et qui n’est maintenant plus de la colère mais les émotions qui étaient cachées derrière), en nommant nos besoins qui ne sont pas satisfaits et en formulant clairement à l’autre ce que nous attendons de lui pour satisfaire ces besoins. C’est de cette façon que l’on sort du conflit et, surtout, que l’on évite de tomber dans la violence.

La manière de communiquer proposée par la CNV n’est pas naturelle compte tenu de l’éducation que nous avons reçue et de notre culture. Elle demande donc des efforts d’adaptation et une pratique quotidienne, mais elle a fait ses preuves et le simple fait d’apprendre à identifier et exprimer ses émotions (intéressant pour un autre sujet que j’aimerai explorer : la puissance du quotient émotionnel) et de cesser de porter des jugements de valeur permettra de vivre plus en harmonie avec nous-même et avec les autres. L’adopter avec nos enfants paraît tout à fait judicieux car, en plus d’être bénéfique pour eux dès maintenant, dans les situations du quotidien, cela leur permettra de pratiquer naturellement le « langage girafe » et ainsi faciliter leurs relations avec les autres dans leur vie d’adulte. Une méthode à expérimenter au plus vite, donc.

Et vous, que pensez-vous de ce processus de communication ? Avez-vous déjà eu l’occasion de suivre les étapes de CNV et si oui est-ce que cela a été difficile à mettre en application et avez-vous noté des bénéfices dans vos relations avec les autres ? Partagez vos avis et expériences sur le sujet.

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angee.myblog@gmail.com

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